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Transition écologique : la Cour des comptes appelle à mieux mesurer la contribution des territoires

Dans son rapport publié le 7 octobre, la Cour des comptes juge les résultats des politiques de transition écologique encore insuffisants au regard des objectifs fixés et des réalités physiques déjà observables. Elle pointe notamment une territorialisation encore inaboutie, un manque d’indicateurs et une articulation trop faible entre objectifs physiques, moyens financiers et action locale. Canicules, sécheresses, incendies : pour la Cour des comptes, l’été 2026 a une nouvelle fois illustré le décalage entre les ambitions affichées et la vitesse des transformations environnementales. L’institution reconnaît plusieurs progrès. La planification écologique est mieux structurée, les investissements dans les transports et l’énergie bas carbone ont augmenté, et les grands documents nationaux – Stratégie nationale bas-carbone, Programmation pluriannuelle de l’énergie – donnent davantage de visibilité aux trajectoires à suivre. Mais ces avancées ne suffisent pas encore à garantir l’atteinte des objectifs. La Cour souligne notamment que certains résultats restent mal mesurés, faute d’indicateurs suffisamment précis. C’est particulièrement vrai pour l’adaptation au changement climatique : celle-ci ne dispose toujours pas, selon elle, d’objectifs opérationnels permettant d’apprécier la continuité des activités ni d’indicateurs permettant de mesurer réellement la résilience. Elle relève également que certains arbitrages pris au nom de la compétitivité ou de contraintes économiques peuvent entrer en contradiction avec des objectifs de transition pourtant officiellement maintenus. La Cour insiste enfin sur un point important : le coût de la transition est élevé, mais celui de l’inaction ou du retard le serait davantage. Reporter les investissements entraînerait des ajustements plus brutaux, une allocation moins efficace du capital et des dépenses d’adaptation plus importantes à terme. La territorialisation reste un point faible C’est l’un des constats les plus importants du rapport : la France ne sait toujours pas mesurer précisément la contribution des territoires aux objectifs nationaux de transition écologique. Les dispositifs existent pourtant en nombre. Sraddet, PCAET, CPER, CRTE, COP régionales : les collectivités disposent aujourd’hui de plusieurs cadres de planification, de contractualisation et de dialogue avec l’État. Le problème tient moins à l’absence d’outils qu’à leur articulation et à leur capacité à rendre compte des résultats. La Cour estime que les dispositifs territoriaux de suivi et d’évaluation ne permettent pas encore de mesurer de manière satisfaisante les progrès réalisés localement, ni les écarts aux trajectoires attendues. Autrement dit, il est encore difficile de répondre à une question pourtant essentielle : quelle part des objectifs nationaux est réellement portée, territoire par territoire, par les politiques locales ? Pour sortir de cette situation, la Cour recommande de mieux s’appuyer sur les cadres réglementaires déjà existants, en particulier les Sraddet à l’échelle régionale et les PCAET à l’échelle intercommunale. Elle appelle également à mieux relier ces documents aux outils de contractualisation entre l’État et les collectivités, notamment les CPER et les CRTE, afin de connecter plus clairement les objectifs, les actions engagées et les moyens financiers mobilisés. Les COP régionales peuvent jouer un rôle utile dans cette architecture, mais à une condition : ne pas devenir un niveau supplémentaire de pilotage. La Cour estime qu’elles doivent s’inscrire dans les dispositifs existants plutôt que les dupliquer. Cette question renvoie aussi directement à l’ingénierie territoriale. Fixer des objectifs ne suffit pas. Encore faut-il disposer, dans les territoires, des compétences nécessaires pour programmer les investissements, monter les projets, mobiliser les financements, organiser la coopération entre acteurs et évaluer les résultats obtenus. Mieux relier objectifs, financements et résultats La Cour pointe une autre faiblesse structurelle : le manque de lien entre les trajectoires physiques de la transition et les trajectoires financières. Elle appelle à la mise en place d’une véritable stratégie pluriannuelle de financement, précisant les objectifs à atteindre, les besoins d’investissement et les moyens nécessaires pour les satisfaire. L’enjeu est majeur. Il ne s’agit plus seulement de savoir combien d’argent est consacré à la transition, mais ce que ces dépenses permettent réellement d’obtenir : combien d’émissions évitées, combien de bâtiments rénovés, quelle réduction de vulnérabilité, quels gains de résilience ou de préservation des ressources naturelles. Cette exigence de résultat est particulièrement forte pour l’adaptation, où la mesure reste encore largement à construire. Comment savoir si un territoire est mieux préparé à une canicule, une sécheresse, une inondation ou une rupture d’approvisionnement ? Quels indicateurs permettent de mesurer la résilience des services publics, des entreprises, des infrastructures ou des populations ? Le rapport invite donc à passer d’une logique centrée sur les moyens engagés à une logique davantage orientée vers les effets réellement produits. Pour le Comité 21, cette analyse rejoint un enjeu central de la transition territoriale : il ne suffit plus de multiplier les plans, les feuilles de route et les dispositifs. Il faut désormais mieux articuler les objectifs, les financements, l’ingénierie et la gouvernance, mais aussi pouvoir démontrer les transformations effectivement produites dans les territoire. Lire le rapport : cliquez ici

Le Comité 21 lance son nouveau parcours adaptation 2026-2027

  Parcours d’accompagnement sur l’adaptation aux changements climatiques   Le Comité 21 propose un parcours d’accompagnement pour aider les acteurs publics et privés à construire, ensemble, des stratégies d’adaptation aux changements climatiques.   Face à des impacts climatiques déjà visibles et appelés à s’intensifier, l’adaptation suppose en effet de croiser les diagnostics, d’aligner les stratégies et de renforcer les coopérations entre les collectivités locales, les acteurs socio-économiques et les habitants du territoire. L’objectif est de constituer de véritables équipes territoriales de l’adaptation, capables de passer d’une lecture partagée des vulnérabilités à des actions coordonnées.   Ce parcours s’inscrit dans le cadre du 3e Plan national d’adaptation au changement climatique et s’appuiera sur la TRACC, trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation, qui retient l’hypothèse d’une France hexagonale à +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100.   👉 Découvrez la plaquette ici :  Objectifs du parcours   Le parcours vise à accompagner les organisations d’un même territoire, dans la construction d’une démarche d’adaptation structurée, progressive et opérationnelle.   Il permettra aux participants de :   4 étapes pour structurer un plan d’action   Le parcours est organisé autour de quatre grandes étapes  en visioconférence, avec l’intervention d’experts, des témoignages d’acteurs publics et privés, et la présentation d’outils méthodologiques :   Calendrier du parcours   Étape 1 – Appréhender les changements climatiques et leurs impacts à l’échelle locale   Date : 15 septembre 2026   Cette première étape permettra de poser un socle commun de compréhension des changements climatiques et de leurs impacts socio-économiques à l’échelle locale.   Elle comprendra :   Étape 2 – Identifier les vulnérabilités de son territoire et de son organisation   Date : 17 novembre 2026   Cette étape sera consacrée à la notion de vulnérabilité, en croisant l’exposition aux aléas, la sensibilité des territoires et des organisations, et leur capacité d’adaptation.   Elle comprendra :   Étape 3 – Mobiliser les parties prenantes et identifier les modalités de coopération   Date : 19 janvier 2027   Cette session permettra de travailler le rôle des parties prenantes dans les démarches d’adaptation, à la fois comme facteurs potentiels de vulnérabilité et comme leviers de résilience collective.   Elle comprendra :   Étape 4 – Élaborer sa feuille de route vers un plan d’adaptation   Date : 9 mars 2027  Cette dernière étape méthodologique sera consacrée à la construction de la feuille de route. Elle permettra d’identifier les leviers d’action prioritaires, de les hiérarchiser et de les inscrire dans un plan d’adaptation progressif, réaliste et suivi dans le temps.   Elle comprendra :   Événement de clôture – Partager et enrichir sa feuille de route   Date : à préciser   Un événement de clôture permettra de partager les feuilles de route, de valoriser les travaux engagés et d’identifier les suites possibles, notamment en matière de coopérations territoriales.   À qui s’adresse ce parcours ?   Ce parcours s’adresse à tous types d’acteurs souhaitant structurer ou renforcer leur démarche d’adaptation aux changements climatiques : élus, agents de collectivités, chefs d’entreprise, responsables RSE, climat, risques, QHSE, responsables techniques, acteurs associatifs, établissements d’enseignement et de recherche.   Il est ouvert aux organisations publiques et privées souhaitant mieux comprendre leurs vulnérabilités, construire une stratégie d’adaptation et identifier des actions concrètes à mettre en œuvre.   Modalités d’inscription   Le parcours est gratuit pour les adhérents du Comité 21.   Il est conseillé de participer à plusieurs acteurs d’un même territoire afin de croiser les regards et de travailler collectivement à l’alignement des stratégies d’adaptation. L’enjeu est d’identifier les leviers de coopération permettant de renforcer la cohérence des actions engagées par les collectivités, les entreprises, les associations et les autres parties prenantes locales.   Contact :    Justine André – Cheffe de projet climat & territoires : andre@comite21.org 

Habitabilité des territoires : le Haut-Commissariat appelle à accélérer l’adaptation

À quoi ressemblera la France en 2035 et en 2050 dans un climat durablement plus chaud ? Dans un nouveau travail prospectif consacré à l’environnement, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan alerte sur les transformations profondes auxquelles le pays doit se préparer et place l’habitabilité des territoires au cœur de la transition écologique. Ce travail a été coordonné par Antoine Pellion, président du Comité 21 et ancien secrétaire général à la planification écologique. Il part d’un constat simple : le principal frein à la transition ne tient plus tant à l’absence d’outils qu’à leur mise en œuvre concrète, souvent ralentie par l’instabilité des dispositifs, la désinformation environnementale et climatique ou encore la difficulté à articuler ambition écologique, pouvoir d’achat et cohésion sociale. L’exercice compare deux trajectoires à l’horizon 2035 et 2050 : un scénario tendanciel, dans lequel les politiques actuelles se prolongent sans accélération suffisante, et un scénario souhaitable permettant à la France de mieux préserver sa souveraineté, l’habitabilité de ses territoires et sa cohésion sociale. Des territoires confrontés à des risques climatiques majeurs Le rapport insiste notamment sur une réalité devenue incontournable : le changement climatique modifiera profondément les conditions de vie dans tous les territoires. À l’horizon 2050, chacun d’entre eux pourrait être confronté de manière critique à au moins un aléa majeur. Certains espaces pourraient même devenir beaucoup plus difficiles à habiter, voire, dans certains cas, inhabitables ou inassurables. Cette évolution oblige à revoir en profondeur la manière d’aménager le territoire. Électrification, eau, gestion des risques : les priorités à court terme À court terme, le Haut-Commissariat recommande notamment d’accélérer l’électrification des usages, de décarboner la chaleur et de garantir davantage de stabilité aux acteurs économiques et publics qui investissent dans la transition. Il propose également de renforcer la réduction des pollutions à la source, en particulier dans les territoires cumulant vulnérabilités environnementales et sociales. La question de l’eau occupe une place centrale. Le rapport estime que la gouvernance actuelle, conçue dans un contexte où la ressource était globalement abondante, doit évoluer. Il préconise une gestion plus fine à l’échelle des bassins et sous-bassins versants afin de mieux arbitrer entre les différents usages lorsque la ressource devient rare et de limiter les tensions locales. L’adaptation suppose également de mieux protéger les populations et les territoires contre l’augmentation des risques climatiques. Parmi les recommandations figurent l’élargissement de la réassurance par l’État à l’ensemble des risques climatiques et le renforcement de la culture du risque auprès des habitants, des entreprises et des collectivités. Des inégalités territoriales à anticiper Mais le rapport insiste surtout sur les inégalités que le dérèglement climatique risque d’accentuer. Les personnes les plus modestes, âgées ou isolées, ainsi que les communes rurales, littorales et ultramarines, disposeront souvent de moins de ressources pour se protéger ou investir dans leur adaptation. Le Haut-Commissariat considère donc qu’il faut donner davantage de moyens aux collectivités territoriales, en particulier au bloc communal. Il propose notamment de faciliter l’accès à des financements de long terme et à faible taux pour les infrastructures de transition. Cette proposition est particulièrement importante pour des investissements qui s’amortissent sur plusieurs décennies : réseaux d’eau potable, réseaux de chaleur et de froid, adaptation des bâtiments, infrastructures énergétiques, renaturation ou encore aménagement des espaces publics. Une collectivité ayant construit un plan pluriannuel d’investissement crédible pour sa transition pourrait ainsi bénéficier de ressources supplémentaires et de capacités d’endettement adaptées. 2050 : repenser l’aménagement des zones les plus vulnérables À l’horizon 2050, le rapport va plus loin et appelle à repenser les choix d’aménagement dans les territoires les plus vulnérables. Il recommande notamment de freiner les pratiques qui augmentent l’exposition aux risques, de limiter la concentration des populations et des activités dans certaines zones fragiles et de renforcer les mécanismes nationaux de solidarité entre territoires. Il introduit également une proposition particulièrement structurante : la création d’un cadre légal permettant d’organiser un « retrait stratégique planifié » des secteurs devenus inhabitables ou durablement inassurables. Autrement dit, dans certaines situations, l’adaptation ne pourra plus uniquement consister à protéger l’existant ; elle devra aussi permettre d’anticiper le déplacement progressif d’activités, de services, d’équipements ou de populations. Cette approche implique également d’adapter les services publics. Le Haut-Commissariat recommande la mise en place de plans de continuité afin que les services essentiels puissent fonctionner malgré les vagues de chaleur, les pénuries d’eau, les inondations ou d’autres événements climatiques extrêmes. Il appelle enfin à mieux articuler environnement et santé dans une logique « One Health », considérant que les transformations climatiques, les pollutions, la biodiversité et la santé humaine sont désormais indissociables. La lecture du Comité 21 Pour le Comité 21, ces propositions font directement écho aux transformations actuellement engagées dans les territoires. L’adaptation ne peut plus être considérée comme une politique sectorielle supplémentaire. Elle concerne directement l’eau, le logement, la santé, l’agriculture, la mobilité, l’énergie, les infrastructures et plus largement les conditions mêmes d’habitabilité des territoires. Elles confortent également une conviction au cœur de l’action du Comité 21 : la transition écologique doit être construite au plus près des réalités locales, en donnant aux collectivités, aux entreprises et aux acteurs de la société civile les moyens d’anticiper et d’agir. Le message du Haut-Commissariat est finalement clair : la transition écologique aura lieu, mais elle peut être organisée ou subie. Plus les décisions seront anticipées, plus il sera possible de limiter les coûts humains, sociaux et économiques des changements climatiques et de préserver durablement l’habitabilité des territoires. 👉 En savoir plus

Littoraux : une nouvelle stratégie nationale pour anticiper le recul du trait de côte

Face à l’accélération de l’érosion côtière et à la montée du niveau de la mer, le Gouvernement a adopté une nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte. Elle doit guider l’action publique jusqu’en 2030 et aider les territoires littoraux à mieux anticiper les effets du changement climatique. ———- Protéger, accompagner ou déplacer : une doctrine assumée La stratégie repose sur un constat désormais largement partagé : il ne sera pas possible de protéger partout et durablement l’ensemble des espaces exposés. Dans certains secteurs, il faudra donc continuer à renforcer les protections ; dans d’autres, accompagner l’évolution naturelle du littoral ou organiser progressivement le déplacement de certains usages et équipements. Miser sur la connaissance et l’anticipation Cette nouvelle doctrine s’appuie davantage sur la connaissance et l’anticipation. Elle prévoit notamment de renforcer l’observation du trait de côte, de développer les outils de modélisation et d’accélérer la réalisation de cartes locales permettant d’identifier les zones les plus exposées dans les prochaines décennies. Une place plus large aux solutions fondées sur la nature Elle accorde également une place plus importante aux solutions fondées sur la nature, comme la restauration des dunes, la renaturation des espaces littoraux ou la préservation des zones capables d’atténuer les effets des tempêtes et des submersions. 60 mesures, cinq grands axes Au total, la stratégie comprend 60 mesures organisées autour de cinq grands axes : mieux connaître les évolutions du littoral, renforcer la planification, accompagner les territoires, développer les solutions d’adaptation et mieux mobiliser les financements. 950 communes littorales concernées L’enjeu est considérable pour les quelque 950 communes littorales françaises. Logements, routes, équipements publics, activités économiques ou touristiques : de nombreux usages sont directement concernés par l’évolution du trait de côte. Le regard du Comité 21 La nouvelle stratégie marque ainsi une évolution importante dans la manière d’aborder l’adaptation : il ne s’agit plus seulement de protéger l’existant, mais aussi de préparer les transformations qui seront nécessaires. Pour le Comité 21, cette approche confirme l’importance d’anticiper suffisamment tôt les effets du changement climatique à l’échelle locale. Les territoires littoraux sont aujourd’hui en première ligne, mais les questions qu’ils doivent résoudre concernent plus largement l’ensemble des territoires : quels usages préserver, quels investissements prioriser et comment organiser collectivement les transformations à venir ? L’enjeu est désormais de traduire cette stratégie en projets concrets et de donner aux collectivités les moyens techniques et financiers nécessaires pour construire leurs trajectoires d’adaptation. En savoir plus

Végétaliser les cours d’école : de l’expérimentation au nouveau standard d’aménagement

Longtemps expérimentée par quelques villes pionnières, la végétalisation des cours d’école est progressivement en train de s’imposer comme une véritable politique d’adaptation aux changements climatiques. La dernière enquête de l’Observatoire des villes vertes, publiée fin août, témoigne de cette évolution : 96 % des collectivités interrogées considèrent désormais que la végétalisation des cours doit devenir un standard d’aménagement. ———- Un mouvement déjà largement engagé Le mouvement est déjà largement engagé. Plus de six collectivités répondantes sur dix déclarent avoir végétalisé au moins un quart de leurs cours d’école. Angers et Saint-Paul, à La Réunion, ont déjà dépassé les 75 %. Près des deux tiers des collectivités interrogées souhaitent avoir transformé au moins la moitié de leurs cours dans les cinq prochaines années, tandis qu’une ville sur cinq vise la totalité de son patrimoine scolaire d’ici 2031. L’été 2026 confirme la vulnérabilité des écoles face aux fortes chaleurs Cette accélération intervient alors que l’été 2026 a une nouvelle fois montré la vulnérabilité des établissements scolaires face aux fortes chaleurs. Lors de la canicule de juin, plus de 13 500 écoles et établissements ont dû adapter leur fonctionnement et près de 3 500 écoles et collèges ont été contraints de fermer temporairement. Avec des vagues de chaleur plus fréquentes, plus précoces et plus intenses, la question du confort thermique dans les établissements scolaires devient un enjeu majeur d’adaptation. Bien plus que planter quelques arbres Végétaliser une cour ne consiste d’ailleurs plus simplement à planter quelques arbres. Toutes les collectivités interrogées créent des zones de pleine terre dans leurs projets. 89 % ont recours au descellement des sols et développent des jardins pédagogiques. D’autres aménagent des classes extérieures, installent des dispositifs de gestion des eaux pluviales ou créent des espaces favorables à la biodiversité. Des bénéfices multiples, pour le climat comme pour les élèves La transformation des cours d’école permet ainsi de répondre simultanément à plusieurs enjeux : apporter de l’ombre et de la fraîcheur, favoriser l’infiltration de l’eau, réduire l’imperméabilisation des sols, accueillir davantage de biodiversité, mais aussi améliorer le bien-être des enfants et proposer de nouveaux usages pédagogiques. Trois collectivités interrogées sur quatre placent d’ailleurs le bien-être, le confort et la santé des élèves parmi leurs motivations. L’enquête révèle surtout que le débat a changé de nature. L’intérêt de ces aménagements semble de moins en moins discuté ; la question est désormais celle de leur généralisation. Le financement, premier obstacle à la généralisation Et c’est précisément là que les difficultés apparaissent. Le financement constitue le premier obstacle, cité par 77 % des collectivités, devant les contraintes techniques liées à certains sites (46 %) et l’entretien dans la durée (42 %). Passer de quelques cours pilotes à la transformation de l’ensemble du patrimoine scolaire suppose donc des investissements importants, mais aussi des compétences techniques, une ingénierie adaptée et une capacité à anticiper la gestion future des espaces végétalisés. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec une certaine prudence : l’enquête repose sur les réponses de 26 collectivités et ne constitue donc pas une photographie exhaustive de l’ensemble des communes françaises. Elle met néanmoins en évidence une tendance forte : l’adaptation des écoles aux nouvelles conditions climatiques devient progressivement un sujet structurant des politiques locales. Le regard du Comité 21 Pour le Comité 21, cette évolution illustre très concrètement ce que signifie l’adaptation des territoires aux changements climatiques. Il ne s’agit plus seulement de disposer de stratégies ou de plans d’adaptation, mais de transformer progressivement les espaces dans lesquels nous vivons, travaillons et apprenons. La végétalisation des cours d’école constitue à ce titre un exemple particulièrement intéressant de solution fondée sur la nature : une action locale et visible qui répond à la fois aux enjeux climatiques, de biodiversité, de gestion de l’eau, de santé et de qualité de vie. Après les expérimentations des dernières années, le véritable défi est désormais celui du changement d’échelle. Faire de la cour végétalisée la norme plutôt que l’exception suppose de l’intégrer dès la conception et la rénovation des établissements scolaires et de donner aux collectivités les moyens financiers et techniques nécessaires pour accélérer cette transformation. En savoir plus

Faire de la transition écologique un projet de souveraineté concrète

Cet article d’Antoine Pellion est issu du séminaire « La souveraineté, levier de relance de la transition écologique », organisé par le Comité 21 le 21 mai 2026. Ce séminaire est l’un des six dédiés aux enjeux de souveraineté mises en place en 2025 et 2026 par la Caisse des Dépôts et plusieurs partenaires think tanks, dont le Comité 21.  Retrouver l’article original ici —- Dans un monde plus instable et plus contraint, la transition écologique peut devenir l’un des principaux moyens de réduire nos vulnérabilités. Encore faut-il la planifier, la financer et la construire avec celles et ceux qui auront à la mettre en œuvre. Pourquoi la transition écologique  se cherche un nouveau souffle La souveraineté comme nouveau cadre de lecture La transition écologique traverse un moment singulier. Elle reste indispensable, mais elle paraît moins assurée dans le débat public. Certaines mesures sont contestées, les investissements ralentissent. On parle volontiers de fatigue, de reflux, parfois même de rejet ou de backlash. Cette lecture me paraît trop simpliste. Ce qui est en cause n’est pas tant l’idée même de transition que la manière dont elle est racontée, organisée et financée. Beaucoup de nos concitoyens perçoivent bien la nécessité d’agir. Ils voient les effets du changement climatique, les tensions sur l’énergie, les fragilités industrielles, les difficultés agricoles, les conflits d’usage autour de l’eau ou des sols. Mais ils attendent aussi que cette transformation soit lisible, juste, progressive et utile dans leur vie quotidienne. Dans ce contexte, la souveraineté peut offrir un cadre utile. À condition de ne pas en faire un mot de repli. La souveraineté dont nous avons besoin n’est pas l’illusion de pouvoir tout produire seuls, ni la tentation de fermer les frontières. Elle renvoie plutôt à une capacité collective : mieux comprendre ce dont nous dépendons, réduire les vulnérabilités les plus critiques, organiser nos ressources, protéger nos infrastructures et retrouver des marges de manœuvre. Vue ainsi, la transition écologique n’apparaît plus comme une contrainte extérieure, mais devient une manière très concrète de reprendre prise sur nos conditions matérielles de vie. Repartir des dépendances réelles La France et l’Europe se sont développées dans un monde où l’accès aux ressources paraissait relativement stable. Les énergies fossiles étaient importées en grandes quantités, les matières premières circulaient, les chaînes de valeur mondialisées permettaient de produire loin, puis de consommer ici. Ce modèle a longtemps donné le sentiment d’une efficacité économique. Mais Il a aussi installé des dépendances profondes, que les crises récentes ont rendues visibles, ainsi que nos vulnérabilités. L’énergie, les matières critiques, les intrants agricoles, certains composants industriels ou les capacités de transformation ne sont pas de simples variables économiques. Ils conditionnent notre capacité à produire, nous chauffer, nous déplacer, nous nourrir, investir et protéger les territoires. La transition écologique touche directement à ces sujets. Moins dépendre des énergies fossiles, mieux utiliser les ressources, préserver les sols, recycler davantage, diversifier certaines productions, développer des infrastructures bas-carbone : ces actions relèvent de l’écologie, mais elles répondent aussi à des enjeux très concrets d’autonomie et de résilience. Nous ne pourrons pas supprimer toutes les interdépendances. Ce ne serait ni réaliste ni souhaitable, mais nous devons mieux choisir celles que nous acceptons, celles que nous devons sécuriser, et limiter celles qui nous exposent trop fortement. Changer de paradigme :  de l’injonction au projet collectif Sortir de l’écologie vécue comme injonction La transition est souvent présentée à travers les gestes individuels. Ces gestes comptent, mais ne suffisent pas à faire une politique de transition. On ne change pas durablement les comportements si les conditions matérielles ne suivent pas, ou si elles ne s’inscrivent pas dans un cadre de politique de transition plus large et acceptée, et c’est un pilier essentiel des transformations à venir. La transition devient en effet plus acceptable lorsqu’elle transforme l’environnement dans lequel les choix se font : infrastructures, prix, accès aux services, organisation des filières, commande publique, fiscalité, accompagnement local. Faire apparaître les bénéfices immédiats Le climat reste évidemment la raison majeure d’agir. Mais il est souvent perçu comme un horizon global, parfois lointain, face auquel les individus se sentent impuissants. La transition doit aussi être reliée à des bénéfices plus proches dont la santé publique est l’un des plus importants. Respirer un air moins pollué, mieux manger, protéger les enfants, vivre dans des logements mieux isolés, supporter les épisodes de chaleur : ce sont des préoccupations quotidiennes. Elles donnent à la transition un contenu beaucoup plus tangible. Une rénovation thermique réduit les émissions, mais elle améliore aussi le confort, la santé et les factures. Une agriculture moins dépendante de certains intrants protège les sols, mais elle peut aussi répondre à des préoccupations alimentaires et sanitaires. Des mobilités moins polluantes améliorent le climat, mais elles réduisent aussi le bruit, la congestion et les maladies liées à la pollution de l’air. Ces co-bénéfices ne sont pas secondaires. Ils peuvent devenir des moteurs d’adhésion, parce qu’ils donnent à voir ce que la transition apporte ici et maintenant. Les ressources naturelles  comme enjeux stratégiques Considérer les sols, l’eau et la biomasse comme des ressources stratégiques Nous parlons souvent de souveraineté à propos de l’énergie, de l’industrie ou du numérique. Nous devrions le faire tout autant à propos des sols, de l’eau, de la biomasse et des ressources vivantes. La qualité des sols conditionne notre capacité à produire demain. La préservation de la ressource en eau également. Les conflits d’usage se multiplient entre agriculture, industrie, énergie, usages domestiques et préservation des milieux et ils vont probablement s’intensifier. La biomasse soulève le même type de difficulté. Elle peut servir à l’alimentation, aux matériaux, à l’énergie, à la chimie, à la fertilisation, à la décarbonation de plusieurs secteurs, mais elle n’est pas infinie. Si chaque filière construit sa stratégie comme si elle disposait seule de la ressource, nous créerons rapidement des contradictions. Ces sujets demandent ainsi une planification plus explicite. Cela supposera d’identifier quels usages sont prioritaires, quelles ressources doivent être préservées, quelles infrastructures doivent être développées, et pour cela, les compromis acceptables. Ce sont des choix collectifs et politiques, localement et à

Canicule 2026 : un bilan humain qui impose d’accélérer l’adaptation

Le dernier bilan publié par Santé publique France confirme l’ampleur exceptionnelle de la canicule qui a touché la France entre le 17 juin et le 2 juillet 2026. Selon cette première estimation, 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés sur cette période, soit une surmortalité de 36 %. Un bilan provisoire particulièrement préoccupant qui rappelle que les vagues de chaleur constituent désormais l’un des principaux risques sanitaires liés aux changements climatiques. L’épisode de juin 2026 se distingue par plusieurs caractéristiques exceptionnelles. Santé publique France souligne qu’il a été plus intense que la canicule d’août 2003, tout en étant beaucoup plus précoce dans la saison. Les 24 et 25 juin ont constitué les journées les plus chaudes jamais observées en France et plus de la moitié des décès supplémentaires ont été enregistrés entre le 25 et le 27 juin. Au total, 92 départements, représentant 98,5 % de la population hexagonale, ont été concernés par cet épisode de chaleur. Cette extension géographique exceptionnelle montre que les canicules ne constituent plus un phénomène localisé mais un risque systémique susceptible d’affecter simultanément la quasi-totalité du territoire. Les personnes âgées demeurent les plus vulnérables. Les plus de 75 ans représentent près des deux tiers des décès supplémentaires, avec 3 719 décès en excès. Toutefois, le rapport met également en évidence un phénomène inédit : une augmentation de la mortalité est observée dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans, avec une hausse particulièrement marquée dès 45 ans. Cette évolution confirme que les vagues de chaleur extrêmes concernent désormais l’ensemble de la population et ne peuvent plus être considérées comme un risque limité aux seules personnes âgées. Les décès ont augmenté dans tous les lieux de vie : établissements hospitaliers, domicile et Ehpad. Cette répartition souligne que les conséquences sanitaires de la chaleur dépassent largement les seules situations de fragilité médicale et interrogent plus largement notre capacité collective à protéger les populations pendant ces épisodes extrêmes. Certaines régions ont été particulièrement touchées. L’Île-de-France enregistre près de 2 000 décès supplémentaires, soit une hausse de 81,2 %. Les Pays de la Loire figurent également parmi les régions les plus affectées avec 553 décès supplémentaires, correspondant à une surmortalité de 55,2 %, devant le Grand Est et le Centre-Val de Loire. Ces chiffres confirment ce que les scientifiques alertent depuis plusieurs décennies et que les derniers rapports du GIEC documentent avec précision : sous l’effet du réchauffement climatique, les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues, plus précoces et plus intenses. En France, les canicules ne constituent plus un événement exceptionnel mais une nouvelle réalité climatique, dont les conséquences sanitaires, sociales et économiques sont appelées à s’accentuer. Pour le Comité 21, ces résultats renforcent l’urgence d’intégrer systématiquement l’adaptation aux changements climatiques dans les politiques d’aménagement, de santé, d’urbanisme et de gestion des espaces publics. Rafraîchissement des villes, végétalisation, désimperméabilisation des sols, lutte contre les îlots de chaleur, adaptation des bâtiments, protection des personnes vulnérables, évolution des conditions de travail ou encore organisation des services publics doivent désormais être pensés de manière coordonnée. Ils soulignent également l’importance d’une approche territorialisée. Les vulnérabilités diffèrent selon les régions, les caractéristiques urbaines ou rurales, la qualité des logements, la présence d’espaces verts, les ressources en eau ou encore les profils démographiques. L’adaptation ne peut donc être uniforme ; elle doit être construite au plus près des réalités locales, en associant l’ensemble des acteurs du territoire. Au-delà de l’émotion suscitée par ce bilan, ces chiffres doivent être considérés comme un signal d’alerte. Les changements climatiques produisent déjà des conséquences humaines majeures. Adapter nos territoires n’est plus seulement une politique environnementale : c’est désormais une exigence de santé publique, de solidarité et de protection des populations. Lire le bilan de Sante Publique France

Production électrique : le Grand Ouest accélère sa transition

Production électrique : le Grand Ouest accélère sa transition La production d’électricité a bondi en 2025 en Bretagne et dans les Pays de la Loire, portée par l’éolien en mer et le solaire. Le Centre-Val de Loire confirme, de son côté, son rôle majeur dans l’alimentation électrique nationale. Les bilans électriques régionaux publiés par RTE dessinent un Grand Ouest en pleine transformation. En 2025, la consommation d’électricité est restée globalement stable dans les trois régions, mais la production a fortement progressé sur la façade atlantique. Avec une hausse de 24 % en un an, les Pays de la Loire enregistrent la progression la plus spectaculaire. La région a produit 9 TWh d’électricité, dont près de 85 % à partir d’énergies renouvelables. Cette accélération repose notamment sur la montée en puissance de l’éolien en mer et du photovoltaïque. L’éolien en mer change la donne Le parc de Saint-Nazaire, rejoint progressivement par celui des îles d’Yeu et de Noirmoutier, occupe désormais une place déterminante dans le mix électrique ligérien. La production éolienne en mer atteint 2,1 TWh, en hausse de plus de 54 % sur un an. Dans le même temps, la production solaire progresse de 53 %. La dynamique est également très forte en Bretagne. La production régionale a augmenté de 18,1 %, pour atteindre 8 TWh. Près de 78 % de cette électricité est désormais renouvelable. Le parc éolien en mer de Saint-Brieuc a produit 1,8 TWh au cours de sa première année complète de fonctionnement, tandis que le photovoltaïque a progressé de près de 58 %. Ces évolutions ne rendent pas encore les deux régions autonomes. Les Pays de la Loire consomment près de trois fois plus d’électricité qu’ils n’en produisent, et la Bretagne demeure elle aussi fortement dépendante des apports extérieurs. Mais l’écart se réduit progressivement. Le Centre-Val de Loire produit quatre fois plus qu’il ne consomme La situation est radicalement différente en Centre-Val de Loire. Grâce à ses quatre centrales nucléaires, la région a produit 75,5 TWh en 2025, pour une consommation de seulement 18 TWh. Elle produit ainsi plus de quatre fois ses propres besoins et joue un rôle essentiel dans l’approvisionnement électrique des autres territoires. Sa production est décarbonée à 99,6 %. Le nucléaire reste largement dominant, avec 69,5 TWh produits, mais les renouvelables continuent aussi de progresser. Les capacités solaires ont notamment augmenté de 42 % en une année. Un enjeu désormais industriel et territorial Les trois régions présentent ainsi des profils très complémentaires : le Centre-Val de Loire constitue un grand territoire producteur et exportateur, tandis que la Bretagne et les Pays de la Loire accélèrent le développement de leurs ressources renouvelables, notamment maritimes. Cette transformation exige cependant d’importants investissements. RTE prévoit de consacrer, d’ici à 2040, 4 à 6 milliards d’euros au réseau en Centre-Val de Loire, 6 à 8 milliards dans les Pays de la Loire et 10 à 15 milliards en Bretagne. Il s’agit à la fois de raccorder les nouvelles productions, d’adapter les infrastructures et de répondre aux futurs besoins liés à l’électrification de l’industrie, des mobilités et du chauffage. Car le paradoxe demeure : alors que la production électrique décarbonée progresse, la consommation reste presque stable. À l’échelle nationale, elle se situe encore près de 6 % en dessous de son niveau d’avant-crise. Pour RTE, les conditions sont désormais réunies pour accélérer l’électrification et réduire la dépendance française aux énergies fossiles. Pour le Comité 21, ces bilans rappellent que la transition énergétique doit être pensée à l’échelle des territoires et de leurs interdépendances. Produire davantage d’électricité bas-carbone est indispensable. Encore faut-il développer les réseaux, maîtriser les consommations, accompagner les nouveaux usages et organiser la coopération entre les collectivités, les entreprises et les habitants. En savoir +

Planification écologique : où en est réellement la France ? 

Le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) a mis en ligne le 18 juin dernier une nouvelle version de son Baromètre de la planification écologique, un outil inédit destiné à suivre l’avancement des principaux objectifs environnementaux fixés par la France. À travers près de 250 indicateurs issus des grandes stratégies nationales – Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), loi Agec, plan Eau, stratégie biodiversité ou encore politiques de lutte contre les pollutions – ce tableau de bord offre une photographie précieuse de l’état d’avancement des transitions engagées.   L’initiative mérite d’être saluée. Dans un domaine où les objectifs sont nombreux et parfois difficiles à appréhender, le baromètre apporte davantage de transparence et permet de suivre, de manière accessible, l’écart entre les trajectoires actuelles et les engagements pris par la France. Il constitue également un outil utile pour les collectivités, les entreprises, les associations et l’ensemble des acteurs engagés dans la transition écologique.  Mais au-delà de l’exercice de transparence, les résultats appellent à la vigilance.  Le constat dressé par le SGPE est sans ambiguïté : la France progresse sur certains sujets, mais reste en retard sur plusieurs objectifs structurants. Comme le reconnaissent les concepteurs du baromètre eux-mêmes, « on est rarement en avance sur nos engagements ».   Parmi les principaux points de vigilance figure la lutte contre l’artificialisation des sols. Malgré l’objectif de réduction progressive de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers, les trajectoires actuelles restent insuffisantes pour atteindre les ambitions fixées. Or la préservation des sols constitue un enjeu majeur à la fois pour la biodiversité, la ressource en eau, la souveraineté alimentaire et l’adaptation aux changements climatiques.  La situation est également préoccupante concernant la qualité de l’eau. Une part importante des masses d’eau françaises demeure éloignée du bon état écologique fixé par les directives européennes. Les pressions liées aux pollutions diffuses, aux prélèvements et aux évolutions climatiques continuent de peser lourdement sur les milieux aquatiques.  Le baromètre met aussi en évidence les difficultés rencontrées dans la réduction des déchets ménagers. Malgré les progrès réalisés en matière de tri, de recyclage et d’économie circulaire, les volumes produits restent trop élevés pour respecter les trajectoires prévues par la loi Agec.  Les indicateurs relatifs à la qualité de l’air soulignent également des écarts importants avec les objectifs à atteindre à l’horizon 2030. Les nouveaux seuils européens imposeront des efforts significatifs pour réduire certaines émissions polluantes responsables de nombreux impacts sanitaires.  Plus globalement, le baromètre confirme que les enjeux de biodiversité, de ressources naturelles et de réduction des pollutions demeurent parmi les plus difficiles à traiter. Ces sujets nécessitent souvent des transformations profondes des modèles économiques, agricoles, industriels ou d’aménagement.  L’un des enseignements les plus marquants de cet exercice concerne toutefois l’adaptation aux changements climatiques. Alors même que la France s’est dotée d’un troisième Plan national d’adaptation au changement climatique et que les impacts du réchauffement deviennent chaque année plus visibles, le baromètre ne dispose pas encore d’indicateurs suffisamment robustes pour mesurer les progrès réalisés dans ce domaine. Plusieurs travaux sont en cours, mais l’absence actuelle d’indicateurs opérationnels illustre la difficulté persistante à évaluer concrètement la résilience des territoires, des infrastructures ou des populations face aux risques climatiques.   Cette situation interroge. Car si les émissions de gaz à effet de serre, la consommation énergétique ou les volumes de déchets peuvent être relativement bien mesurés, l’adaptation reste souvent plus difficile à objectiver. Comment mesurer la résilience d’un territoire face aux canicules ? La capacité d’une collectivité à gérer une crise liée à l’eau ? L’évolution de la vulnérabilité des populations ? Ces questions deviennent pourtant centrales à mesure que les effets des changements climatiques s’intensifient.  Pour le Comité 21, ce nouveau baromètre confirme l’importance d’articuler davantage les politiques nationales et les dynamiques territoriales. Les trajectoires environnementales ne pourront être atteintes sans une mobilisation renforcée des collectivités, des entreprises, des associations et des citoyens. Les Conférences régionales de la planification écologique ont constitué une première étape importante, mais leur traduction opérationnelle reste désormais l’enjeu principal.   Au-delà des chiffres, le baromètre rappelle surtout que la transition écologique est un exercice de long terme qui exige de la cohérence, de la continuité et de la capacité à mesurer objectivement les progrès réalisés. Il montre également que les défis restent considérables et que les prochaines années seront déterminantes pour respecter les engagements climatiques, environnementaux et de préservation des ressources que la France s’est fixés.  Car si mesurer les écarts est indispensable, la véritable question demeure : comment accélérer suffisamment pour les réduire ?  En savoir +

Centre-Val de Loire : repenser l’habitabilité des territoires face aux transitions

Comment continuer à habiter durablement les territoires dans un contexte de changements climatiques, d’évolutions démographiques et de transformations sociales profondes ? C’est à cette question que la Région Centre-Val de Loire souhaite répondre à travers sa nouvelle démarche « Habiter le Centre-Val de Loire – Repenser le jardin de la France », officiellement lancée le 12 juin à Orléans. Cette initiative part d’un constat simple : les modèles d’aménagement hérités du passé ne suffisent plus à répondre aux défis actuels. Les territoires doivent désormais composer avec des épisodes de chaleur plus intenses, des tensions croissantes sur l’eau, des risques d’inondation, des besoins en logement, des mobilités à transformer, des services publics à maintenir et des équilibres à préserver entre espaces ruraux, villes moyennes et centralités urbaines. La notion d’habitabilité permet précisément de poser ces questions ensemble. Elle ne se limite pas au logement ou à l’urbanisme. Elle interroge les conditions concrètes qui permettent à un territoire de rester vivable, accueillant, résilient et désirable : accès à l’eau, qualité des sols, présence de nature, confort d’été, proximité des services, mobilités du quotidien, cohésion sociale, capacité d’adaptation des équipements et qualité du cadre de vie. Avec cette démarche, la Région souhaite construire une vision partagée de l’avenir régional, en associant largement collectivités, élus locaux, architectes, urbanistes, aménageurs, chercheurs, acteurs économiques, culturels et citoyens. L’objectif est de dépasser une approche strictement technique ou réglementaire de l’aménagement pour ouvrir un débat plus large : comment voulons-nous habiter le Centre-Val de Loire demain ? La démarche se veut aussi très opérationnelle. Un appel sera lancé pour identifier des projets locaux cohérents avec cette nouvelle manière d’habiter le territoire. Ces projets pourront être accompagnés par la Région dans le cadre d’un dispositif d’accélération, avec une enveloppe de 500 000 euros issue du Feder. L’enjeu sera de soutenir des démonstrateurs concrets, observables et évaluables, capables d’inspirer d’autres territoires. L’accompagnement des élus locaux constitue un autre axe central. Parce qu’ils sont en première ligne dans les choix d’aménagement, les élus doivent pouvoir disposer de repères, d’outils et d’exemples pour faire évoluer leurs projets. La Région entend s’appuyer notamment sur ses contrats d’aménagement avec les collectivités, qui représentent 400 millions d’euros sur six ans, afin d’intégrer plus fortement les enjeux climatiques, sociaux et territoriaux dans les décisions d’investissement. La démarche accordera également une place importante aux ateliers territoriaux. Ces temps de travail permettront de faire dialoguer des acteurs qui ne se rencontrent pas toujours : élus, techniciens, habitants, professionnels de l’aménagement, artistes, architectes, associations ou acteurs économiques. Cette méthode est essentielle, car l’habitabilité d’un territoire ne peut être pensée depuis un seul point de vue. Elle suppose de croiser les usages, les besoins, les contraintes et les imaginaires. L’initiative s’appuie aussi sur la culture et l’architecture comme leviers de projection collective. L’exposition « Living with – Faire avec », présentée au Frac d’Orléans, montre comment l’architecture peut aider à penser des manières d’habiter avec l’existant, avec la nature, avec les vulnérabilités ou encore avec les territoires abîmés. Elle rappelle que les transitions ne relèvent pas seulement de normes ou d’investissements, mais aussi de notre capacité à imaginer d’autres futurs possibles. Cette dimension est particulièrement importante. Pour transformer les territoires, il ne suffit pas d’aligner des objectifs. Il faut aussi construire un récit commun, donner à voir des solutions, rendre désirables des changements parfois perçus comme contraignants. En ce sens, l’imaginaire devient une ressource pour l’action publique. Les cinq piliers de la démarche résument bien cette ambition : anticiper plutôt que subir ; mettre les élus au cœur de la fabrique territoriale ; expérimenter sur le terrain ; mobiliser la créativité et la culture ; construire un récit régional partagé. Ils traduisent une volonté de faire de l’aménagement un levier de transformation, et non une simple réponse aux contraintes. Cette approche rejoint pleinement les convictions du Comité 21. Les transitions écologiques, sociales et économiques ne peuvent réussir que si elles sont territorialisées, appropriées par les acteurs locaux et construites dans la coopération. Les enjeux de sobriété foncière, d’adaptation aux changements climatiques, de protection du vivant, de santé, de mobilité ou de logement doivent désormais être pensés ensemble, à l’échelle des bassins de vie. Le Comité 21 accompagne précisément ces dynamiques en créant des espaces de dialogue entre collectivités, entreprises, associations, chercheurs et citoyens. Son rôle est de faciliter le passage de la prise de conscience à l’action, en aidant les territoires à identifier leurs vulnérabilités, à partager les connaissances, à structurer des coopérations et à faire émerger des solutions adaptées aux réalités locales. L’initiative lancée en Centre-Val de Loire illustre ainsi une évolution majeure des politiques territoriales. Il ne s’agit plus seulement de planifier le développement, mais de garantir la capacité des territoires à rester habitables dans un monde en transformation rapide. Cette question deviendra centrale dans les années à venir, car elle conditionne directement la résilience des territoires, la qualité de vie des habitants et la cohésion sociale. Repenser l’habitabilité, c’est finalement poser une question simple mais décisive : comment continuer à vivre ici, demain, dans de bonnes conditions ? C’est à partir de cette question que peuvent se construire des politiques publiques plus justes, plus sobres et plus adaptées aux défis du siècle.

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