COP17 biodiversité : quatre ans après Montréal, l’heure d’accélérer 

La COP17 sur la biodiversité s’ouvre ce 19 octobre à Erevan, en Arménie, quatre ans après l’adoption du cadre mondial de Kunming-Montréal. À mi-parcours de l’échéance de 2030, le constat est clair : des progrès ont été accomplis, mais ils restent très insuffisants pour enrayer l’érosion du vivant. Cette conférence devra surtout permettre de passer plus vite des engagements aux actes, en agissant sur la protection des milieux, les financements et les politiques économiques qui continuent de dégrader la nature. 

Il reste quatre ans pour atteindre les 23 cibles mondiales fixées pour 2030. Parmi elles : protéger 30 % des terres et des mers, restaurer 30 % des écosystèmes dégradés, réduire les pressions liées aux pesticides, mobiliser davantage de financements pour la biodiversité et diminuer fortement les subventions qui lui sont dommageables.  

La COP17 constitue donc un premier véritable bilan à mi-parcours. Et ce bilan montre que le rythme actuel n’est pas suffisant. 

Aujourd’hui, environ 20 % des terres et eaux intérieures et 10 % des espaces marins et côtiers sont classés comme protégés ou conservés. Même si les engagements nationaux annoncés étaient tous tenus, les projections resteraient encore en deçà de l’objectif des 30 % d’ici 2030.  

L’enjeu d’Erevan n’est donc pas tant de fixer de nouveaux objectifs que de corriger la trajectoire et d’accélérer leur mise en œuvre. Une « voie d’Erevan » doit précisément identifier les retards, les besoins et les actions à renforcer au cours des quatre prochaines années.  

Le financement reste au cœur des tensions 

Comme pour le climat, la question financière est centrale. 

Le cadre mondial prévoit que les financements internationaux destinés à la biodiversité dans les pays en développement atteignent au moins 20 milliards de dollars par an à partir de 2025, puis 30 milliards en 2030. Or les montants actuellement mobilisés restent en deçà de cette trajectoire.  

Plus largement, les financements favorables à la biodiversité demeurent très inférieurs aux besoins estimés pour atteindre les objectifs de 2030. Mais le principal paradoxe est peut-être ailleurs : dans le même temps, des flux financiers considérables continuent de soutenir des activités qui dégradent directement les écosystèmes. 

Le cadre de Kunming-Montréal prévoit ainsi de réduire d’au moins 500 milliards de dollars par an les subventions et incitations néfastes à la biodiversité d’ici 2030.  

Autrement dit, protéger le vivant ne consiste pas seulement à financer davantage de programmes de conservation ou de restauration. Cela suppose aussi de revoir les politiques agricoles, énergétiques, industrielles, fiscales ou d’aménagement qui continuent de créer des pressions sur les milieux. 

C’est l’un des enjeux majeurs de cette COP : réorienter les flux financiers, pas seulement augmenter les budgets dédiés à la biodiversité. 

En France aussi, la dégradation se poursuit 

Le constat français reste préoccupant. 

Dans son rapport national remis à la Convention sur la diversité biologique, la France indique que l’état de la biodiversité continue globalement de se dégrader, malgré une diminution de certaines pressions. Près de 80 % des habitats évalués sont désormais considérés dans un état défavorable, contre 75 % lors du précédent rapportage.  

Cette situation rappelle que la biodiversité ne peut pas être réduite à la seule question des espaces naturels protégés. Les cinq grandes causes de son érosion concernent directement nos modèles de développement : changement d’usage des terres et des mers, surexploitation des ressources, changement climatique, pollutions et espèces exotiques envahissantes.  

Autrement dit, la biodiversité se joue aussi dans les choix de logement, de mobilité, d’alimentation, d’aménagement, d’agriculture ou de production industrielle. 

C’est aussi pour cela que les réponses doivent être territoriales : la protection du vivant ne peut pas être pensée uniquement depuis des objectifs nationaux ou internationaux. Elle doit se traduire dans les documents d’urbanisme, les politiques de l’eau, les stratégies agricoles, les projets d’infrastructures et les choix d’investissement. 

Biodiversité et santé : des liens de plus en plus visibles 

La question de la biodiversité est aussi une question de santé. 

Des sols vivants rendent possible une alimentation de qualité. Les zones humides contribuent à la filtration de l’eau et à la régulation des crues. Les arbres et les espaces végétalisés atténuent les effets des fortes chaleurs. Des écosystèmes en bon état jouent aussi un rôle dans la régulation de certains agents pathogènes et dans notre bien-être physique et psychique. 

À l’inverse, la dégradation du vivant peut accentuer les vulnérabilités : qualité dégradée de l’eau ou de l’air, fragilisation des systèmes alimentaires, hausse de l’exposition à certaines maladies infectieuses, recul des espaces de fraîcheur ou encore perte de services écosystémiques essentiels. 

C’est précisément l’approche que porte le Comité 21 autour de la santé-environnement : ne plus penser séparément la santé humaine, la santé des écosystèmes et les conditions de vie dans les territoires. 

Dans cette perspective, la biodiversité ne relève pas seulement d’une politique de conservation. Elle devient un déterminant de santé, de résilience et de qualité de vie. 

Les enjeux discutés à Erevan rejoignent donc directement ceux que nous souhaitons mettre en débat lors des prochaines Universités du Comité 21 – « La santé en commun » qui se tiendront les 18 et 19 mars 2027 : prendre soin de la santé humaine suppose aussi de prendre soin de l’air, de l’eau, des sols et du vivant dont nous dépendons. 

Les collectivités et les entreprises directement concernées 

Les décisions prises à Erevan peuvent sembler lointaines. Elles concernent pourtant directement les territoires et les organisations. 

Pour les collectivités, il s’agit d’intégrer davantage la biodiversité dans l’aménagement, la renaturation, la gestion de l’eau, la lutte contre l’artificialisation ou encore l’adaptation au changement climatique. 

Pour les entreprises, la question touche aux chaînes d’approvisionnement, à l’usage des sols, aux matières premières, à l’eau, aux impacts sur les écosystèmes et, de plus en plus, aux risques économiques liés à leur dégradation. 

La biodiversité ne peut donc plus être traitée comme un sujet périphérique. Elle devient un enjeu de stratégie, de résilience et de pérennité des activités. 

Passer de la protection de la nature à la transformation des politiques 

La COP17 intervient ainsi à un moment charnière. Les objectifs sont connus. Les principaux facteurs de dégradation le sont aussi. La difficulté réside désormais dans la capacité à intégrer la biodiversité dans les décisions ordinaires. 

Agriculture, industrie, urbanisme, eau, infrastructures, énergie, alimentation : la biodiversité doit devenir une dimension transversale des politiques publiques et des stratégies territoriales, et non rester cantonnée aux seules politiques de conservation. 

Pour le Comité 21, c’est l’un des principaux enseignements de cette COP : la transition écologique ne pourra progresser que si climat, biodiversité, santé et cohésion sociale sont davantage pensés ensemble. 

Protéger le vivant, ce n’est pas seulement préserver la nature. C’est aussi préserver les conditions qui rendent nos territoires habitables et nos sociétés en bonne santé. 

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