Grand Ouest

Faire de la transition écologique un projet de souveraineté concrète

Cet article d’Antoine Pellion est issu du séminaire « La souveraineté, levier de relance de la transition écologique », organisé par le Comité 21 le 21 mai 2026. Ce séminaire est l’un des six dédiés aux enjeux de souveraineté mises en place en 2025 et 2026 par la Caisse des Dépôts et plusieurs partenaires think tanks, dont le Comité 21.  Retrouver l’article original ici —- Dans un monde plus instable et plus contraint, la transition écologique peut devenir l’un des principaux moyens de réduire nos vulnérabilités. Encore faut-il la planifier, la financer et la construire avec celles et ceux qui auront à la mettre en œuvre. Pourquoi la transition écologique  se cherche un nouveau souffle La souveraineté comme nouveau cadre de lecture La transition écologique traverse un moment singulier. Elle reste indispensable, mais elle paraît moins assurée dans le débat public. Certaines mesures sont contestées, les investissements ralentissent. On parle volontiers de fatigue, de reflux, parfois même de rejet ou de backlash. Cette lecture me paraît trop simpliste. Ce qui est en cause n’est pas tant l’idée même de transition que la manière dont elle est racontée, organisée et financée. Beaucoup de nos concitoyens perçoivent bien la nécessité d’agir. Ils voient les effets du changement climatique, les tensions sur l’énergie, les fragilités industrielles, les difficultés agricoles, les conflits d’usage autour de l’eau ou des sols. Mais ils attendent aussi que cette transformation soit lisible, juste, progressive et utile dans leur vie quotidienne. Dans ce contexte, la souveraineté peut offrir un cadre utile. À condition de ne pas en faire un mot de repli. La souveraineté dont nous avons besoin n’est pas l’illusion de pouvoir tout produire seuls, ni la tentation de fermer les frontières. Elle renvoie plutôt à une capacité collective : mieux comprendre ce dont nous dépendons, réduire les vulnérabilités les plus critiques, organiser nos ressources, protéger nos infrastructures et retrouver des marges de manœuvre. Vue ainsi, la transition écologique n’apparaît plus comme une contrainte extérieure, mais devient une manière très concrète de reprendre prise sur nos conditions matérielles de vie. Repartir des dépendances réelles La France et l’Europe se sont développées dans un monde où l’accès aux ressources paraissait relativement stable. Les énergies fossiles étaient importées en grandes quantités, les matières premières circulaient, les chaînes de valeur mondialisées permettaient de produire loin, puis de consommer ici. Ce modèle a longtemps donné le sentiment d’une efficacité économique. Mais Il a aussi installé des dépendances profondes, que les crises récentes ont rendues visibles, ainsi que nos vulnérabilités. L’énergie, les matières critiques, les intrants agricoles, certains composants industriels ou les capacités de transformation ne sont pas de simples variables économiques. Ils conditionnent notre capacité à produire, nous chauffer, nous déplacer, nous nourrir, investir et protéger les territoires. La transition écologique touche directement à ces sujets. Moins dépendre des énergies fossiles, mieux utiliser les ressources, préserver les sols, recycler davantage, diversifier certaines productions, développer des infrastructures bas-carbone : ces actions relèvent de l’écologie, mais elles répondent aussi à des enjeux très concrets d’autonomie et de résilience. Nous ne pourrons pas supprimer toutes les interdépendances. Ce ne serait ni réaliste ni souhaitable, mais nous devons mieux choisir celles que nous acceptons, celles que nous devons sécuriser, et limiter celles qui nous exposent trop fortement. Changer de paradigme :  de l’injonction au projet collectif Sortir de l’écologie vécue comme injonction La transition est souvent présentée à travers les gestes individuels. Ces gestes comptent, mais ne suffisent pas à faire une politique de transition. On ne change pas durablement les comportements si les conditions matérielles ne suivent pas, ou si elles ne s’inscrivent pas dans un cadre de politique de transition plus large et acceptée, et c’est un pilier essentiel des transformations à venir. La transition devient en effet plus acceptable lorsqu’elle transforme l’environnement dans lequel les choix se font : infrastructures, prix, accès aux services, organisation des filières, commande publique, fiscalité, accompagnement local. Faire apparaître les bénéfices immédiats Le climat reste évidemment la raison majeure d’agir. Mais il est souvent perçu comme un horizon global, parfois lointain, face auquel les individus se sentent impuissants. La transition doit aussi être reliée à des bénéfices plus proches dont la santé publique est l’un des plus importants. Respirer un air moins pollué, mieux manger, protéger les enfants, vivre dans des logements mieux isolés, supporter les épisodes de chaleur : ce sont des préoccupations quotidiennes. Elles donnent à la transition un contenu beaucoup plus tangible. Une rénovation thermique réduit les émissions, mais elle améliore aussi le confort, la santé et les factures. Une agriculture moins dépendante de certains intrants protège les sols, mais elle peut aussi répondre à des préoccupations alimentaires et sanitaires. Des mobilités moins polluantes améliorent le climat, mais elles réduisent aussi le bruit, la congestion et les maladies liées à la pollution de l’air. Ces co-bénéfices ne sont pas secondaires. Ils peuvent devenir des moteurs d’adhésion, parce qu’ils donnent à voir ce que la transition apporte ici et maintenant. Les ressources naturelles  comme enjeux stratégiques Considérer les sols, l’eau et la biomasse comme des ressources stratégiques Nous parlons souvent de souveraineté à propos de l’énergie, de l’industrie ou du numérique. Nous devrions le faire tout autant à propos des sols, de l’eau, de la biomasse et des ressources vivantes. La qualité des sols conditionne notre capacité à produire demain. La préservation de la ressource en eau également. Les conflits d’usage se multiplient entre agriculture, industrie, énergie, usages domestiques et préservation des milieux et ils vont probablement s’intensifier. La biomasse soulève le même type de difficulté. Elle peut servir à l’alimentation, aux matériaux, à l’énergie, à la chimie, à la fertilisation, à la décarbonation de plusieurs secteurs, mais elle n’est pas infinie. Si chaque filière construit sa stratégie comme si elle disposait seule de la ressource, nous créerons rapidement des contradictions. Ces sujets demandent ainsi une planification plus explicite. Cela supposera d’identifier quels usages sont prioritaires, quelles ressources doivent être préservées, quelles infrastructures doivent être développées, et pour cela, les compromis acceptables. Ce sont des choix collectifs et politiques, localement et à

Production électrique : le Grand Ouest accélère sa transition

Production électrique : le Grand Ouest accélère sa transition La production d’électricité a bondi en 2025 en Bretagne et dans les Pays de la Loire, portée par l’éolien en mer et le solaire. Le Centre-Val de Loire confirme, de son côté, son rôle majeur dans l’alimentation électrique nationale. Les bilans électriques régionaux publiés par RTE dessinent un Grand Ouest en pleine transformation. En 2025, la consommation d’électricité est restée globalement stable dans les trois régions, mais la production a fortement progressé sur la façade atlantique. Avec une hausse de 24 % en un an, les Pays de la Loire enregistrent la progression la plus spectaculaire. La région a produit 9 TWh d’électricité, dont près de 85 % à partir d’énergies renouvelables. Cette accélération repose notamment sur la montée en puissance de l’éolien en mer et du photovoltaïque. L’éolien en mer change la donne Le parc de Saint-Nazaire, rejoint progressivement par celui des îles d’Yeu et de Noirmoutier, occupe désormais une place déterminante dans le mix électrique ligérien. La production éolienne en mer atteint 2,1 TWh, en hausse de plus de 54 % sur un an. Dans le même temps, la production solaire progresse de 53 %. La dynamique est également très forte en Bretagne. La production régionale a augmenté de 18,1 %, pour atteindre 8 TWh. Près de 78 % de cette électricité est désormais renouvelable. Le parc éolien en mer de Saint-Brieuc a produit 1,8 TWh au cours de sa première année complète de fonctionnement, tandis que le photovoltaïque a progressé de près de 58 %. Ces évolutions ne rendent pas encore les deux régions autonomes. Les Pays de la Loire consomment près de trois fois plus d’électricité qu’ils n’en produisent, et la Bretagne demeure elle aussi fortement dépendante des apports extérieurs. Mais l’écart se réduit progressivement. Le Centre-Val de Loire produit quatre fois plus qu’il ne consomme La situation est radicalement différente en Centre-Val de Loire. Grâce à ses quatre centrales nucléaires, la région a produit 75,5 TWh en 2025, pour une consommation de seulement 18 TWh. Elle produit ainsi plus de quatre fois ses propres besoins et joue un rôle essentiel dans l’approvisionnement électrique des autres territoires. Sa production est décarbonée à 99,6 %. Le nucléaire reste largement dominant, avec 69,5 TWh produits, mais les renouvelables continuent aussi de progresser. Les capacités solaires ont notamment augmenté de 42 % en une année. Un enjeu désormais industriel et territorial Les trois régions présentent ainsi des profils très complémentaires : le Centre-Val de Loire constitue un grand territoire producteur et exportateur, tandis que la Bretagne et les Pays de la Loire accélèrent le développement de leurs ressources renouvelables, notamment maritimes. Cette transformation exige cependant d’importants investissements. RTE prévoit de consacrer, d’ici à 2040, 4 à 6 milliards d’euros au réseau en Centre-Val de Loire, 6 à 8 milliards dans les Pays de la Loire et 10 à 15 milliards en Bretagne. Il s’agit à la fois de raccorder les nouvelles productions, d’adapter les infrastructures et de répondre aux futurs besoins liés à l’électrification de l’industrie, des mobilités et du chauffage. Car le paradoxe demeure : alors que la production électrique décarbonée progresse, la consommation reste presque stable. À l’échelle nationale, elle se situe encore près de 6 % en dessous de son niveau d’avant-crise. Pour RTE, les conditions sont désormais réunies pour accélérer l’électrification et réduire la dépendance française aux énergies fossiles. Pour le Comité 21, ces bilans rappellent que la transition énergétique doit être pensée à l’échelle des territoires et de leurs interdépendances. Produire davantage d’électricité bas-carbone est indispensable. Encore faut-il développer les réseaux, maîtriser les consommations, accompagner les nouveaux usages et organiser la coopération entre les collectivités, les entreprises et les habitants. En savoir +

Planification écologique : où en est réellement la France ? 

Le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) a mis en ligne le 18 juin dernier une nouvelle version de son Baromètre de la planification écologique, un outil inédit destiné à suivre l’avancement des principaux objectifs environnementaux fixés par la France. À travers près de 250 indicateurs issus des grandes stratégies nationales – Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), loi Agec, plan Eau, stratégie biodiversité ou encore politiques de lutte contre les pollutions – ce tableau de bord offre une photographie précieuse de l’état d’avancement des transitions engagées.   L’initiative mérite d’être saluée. Dans un domaine où les objectifs sont nombreux et parfois difficiles à appréhender, le baromètre apporte davantage de transparence et permet de suivre, de manière accessible, l’écart entre les trajectoires actuelles et les engagements pris par la France. Il constitue également un outil utile pour les collectivités, les entreprises, les associations et l’ensemble des acteurs engagés dans la transition écologique.  Mais au-delà de l’exercice de transparence, les résultats appellent à la vigilance.  Le constat dressé par le SGPE est sans ambiguïté : la France progresse sur certains sujets, mais reste en retard sur plusieurs objectifs structurants. Comme le reconnaissent les concepteurs du baromètre eux-mêmes, « on est rarement en avance sur nos engagements ».   Parmi les principaux points de vigilance figure la lutte contre l’artificialisation des sols. Malgré l’objectif de réduction progressive de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers, les trajectoires actuelles restent insuffisantes pour atteindre les ambitions fixées. Or la préservation des sols constitue un enjeu majeur à la fois pour la biodiversité, la ressource en eau, la souveraineté alimentaire et l’adaptation aux changements climatiques.  La situation est également préoccupante concernant la qualité de l’eau. Une part importante des masses d’eau françaises demeure éloignée du bon état écologique fixé par les directives européennes. Les pressions liées aux pollutions diffuses, aux prélèvements et aux évolutions climatiques continuent de peser lourdement sur les milieux aquatiques.  Le baromètre met aussi en évidence les difficultés rencontrées dans la réduction des déchets ménagers. Malgré les progrès réalisés en matière de tri, de recyclage et d’économie circulaire, les volumes produits restent trop élevés pour respecter les trajectoires prévues par la loi Agec.  Les indicateurs relatifs à la qualité de l’air soulignent également des écarts importants avec les objectifs à atteindre à l’horizon 2030. Les nouveaux seuils européens imposeront des efforts significatifs pour réduire certaines émissions polluantes responsables de nombreux impacts sanitaires.  Plus globalement, le baromètre confirme que les enjeux de biodiversité, de ressources naturelles et de réduction des pollutions demeurent parmi les plus difficiles à traiter. Ces sujets nécessitent souvent des transformations profondes des modèles économiques, agricoles, industriels ou d’aménagement.  L’un des enseignements les plus marquants de cet exercice concerne toutefois l’adaptation aux changements climatiques. Alors même que la France s’est dotée d’un troisième Plan national d’adaptation au changement climatique et que les impacts du réchauffement deviennent chaque année plus visibles, le baromètre ne dispose pas encore d’indicateurs suffisamment robustes pour mesurer les progrès réalisés dans ce domaine. Plusieurs travaux sont en cours, mais l’absence actuelle d’indicateurs opérationnels illustre la difficulté persistante à évaluer concrètement la résilience des territoires, des infrastructures ou des populations face aux risques climatiques.   Cette situation interroge. Car si les émissions de gaz à effet de serre, la consommation énergétique ou les volumes de déchets peuvent être relativement bien mesurés, l’adaptation reste souvent plus difficile à objectiver. Comment mesurer la résilience d’un territoire face aux canicules ? La capacité d’une collectivité à gérer une crise liée à l’eau ? L’évolution de la vulnérabilité des populations ? Ces questions deviennent pourtant centrales à mesure que les effets des changements climatiques s’intensifient.  Pour le Comité 21, ce nouveau baromètre confirme l’importance d’articuler davantage les politiques nationales et les dynamiques territoriales. Les trajectoires environnementales ne pourront être atteintes sans une mobilisation renforcée des collectivités, des entreprises, des associations et des citoyens. Les Conférences régionales de la planification écologique ont constitué une première étape importante, mais leur traduction opérationnelle reste désormais l’enjeu principal.   Au-delà des chiffres, le baromètre rappelle surtout que la transition écologique est un exercice de long terme qui exige de la cohérence, de la continuité et de la capacité à mesurer objectivement les progrès réalisés. Il montre également que les défis restent considérables et que les prochaines années seront déterminantes pour respecter les engagements climatiques, environnementaux et de préservation des ressources que la France s’est fixés.  Car si mesurer les écarts est indispensable, la véritable question demeure : comment accélérer suffisamment pour les réduire ?  En savoir +

RAPPORT DU GIEC-PL : les impacts des changement climatiques sur la santé des populations

Le GIEC des Pays de la Loire publie aujourd’hui un rapport spécial sur les impacts des changements climatiques sur la santé des populations : comprendre, anticiper et agir 📃   Dans les Pays de la Loire comme ailleurs, les changements climatiques ne constituent plus une menace abstraite pour la santé. Ils affectent déjà les corps, les esprits, les conditions de vie, les équilibres territoriaux et les capacités collectives de protection.   Canicules plus fréquentes, dégradation de la qualité de l’air et de l’eau, allergies en hausse ou encore apparition de nouveaux risques sanitaires ont désormais des effets directs sur les populations. “ Les impacts sanitaires des changements climatiques ne relèvent pas d’un risque sectoriel supplémentaire, mais d’une transformation systémique des déterminants mêmes de la santé” soulignent les expert·es du GIEC-PL.   Face à ces évolutions, tous les habitants ne sont pas exposés de la même manière. Les personnes âgées, les enfants, les femmes, les personnes précaires ou en moins bonne santé sont en première ligne.  Pour les experts du GIEC-PL “la santé doit être regardée non comme une conséquence parmi d’autres des changements climatiques, mais comme l’un des prismes les plus puissants pour penser l’adaptation du territoire.”  👉 Télécharger le rapport du GIEC-PL

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