Energie : la crise coûte plus cher que la transition 

160 milliards d’euros. C’est le coût pour la France de la seule crise énergétique de 2022. Un chiffre qui donne la mesure de notre vulnérabilité dans un monde où les chocs énergétiques sont appelés à se multiplier. 

Dans une tribune publiée dans Les EchosAntoine Pellion, Président du Comité 21, alerte : nous payons aujourd’hui le prix de notre dépendance aux énergies fossiles — et ce prix ne fera qu’augmenter. 

Une étude récente du Climate Change Committee (https://www.theccc.org.uk/publication/supplementary-analysis-of-the-seventh-carbon-budget/) vient conforter ce diagnostic. Elle montre que l’ensemble du plan de décarbonation de l’économie coûte moins cher qu’une seule crise pétrolière. Autrement dit, ne pas engager la transition n’est pas une économie : c’est un pari perdant. 

Face à ce constat, une question s’impose : comment agir concrètement, et surtout, comment accélérer ? 

La première réponse tient à la sobriété et à l’efficacité énergétique. La hausse des prix y contraint déjà ménages et entreprises. Mais cette adaptation, souvent subie, ne suffit pas à elle seule à protéger durablement contre les crises à venir. 

Le défi des mobilités en est une illustration. Si les transports collectifs sont indispensables, ils ne peuvent remplacer la voiture dans de nombreux territoires, notamment ruraux et périurbains. Or la généralisation du véhicule électrique prendra du temps — au moins deux décennies — et restera progressive, avec environ 15 % du parc attendu en 2030. D’ici là, les ménages resteront exposés aux hausses répétées des prix à la pompe, avec des effets directs sur leur pouvoir d’achat. 

C’est pourquoi le levier le plus rapide et le plus structurant se situe dans les bâtiments. La décarbonation du chauffage et du rafraîchissement offre un potentiel immédiat. Pompes à chaleur dans les logements individuels, réseaux de chaleur et de froid pour les logements collectifs : les solutions existent et sont déjà matures. 

Les réseaux de chaleur présentent à cet égard un avantage décisif. Reposant sur des énergies décarbonées, ils sont en moyenne 30 % moins chers que le gaz hors période de crise, et surtout beaucoup plus stables. Leur prix n’augmente pas lors des chocs énergétiques, constituant un véritable bouclier tarifaire. Pour les ménages, cela représente des économies immédiates, mais aussi une protection durable face aux fluctuations des marchés. 

Dès lors, l’enjeu n’est plus technique mais politique : il s’agit de changer d’échelle. Un déploiement massif des réseaux de chaleur dans toutes les intercommunalités — et pas seulement dans les métropoles — pourrait permettre, à l’échelle d’un mandat municipal, de protéger l’ensemble des ménages français. Une ambition qui suppose une mobilisation bien supérieure à celle prévue aujourd’hui, mais qui reste pleinement atteignable. 

Enfin, la décarbonation de l’industrie constitue un autre pilier essentiel. Pour enclencher une transformation rapide, un levier s’impose : rendre les énergies décarbonées durablement moins chères que les énergies fossiles. Cela passe par des choix structurants : allonger les durées d’amortissement des infrastructures bas-carbone pour en réduire les coûts d’usage, diminuer les coûts de raccordement aux réseaux électriques, financer les infrastructures via des mécanismes adossés aux consommations fossiles, et accélérer le développement des énergies renouvelables couplées à des solutions de stockage. 

Le message est clair : la transition énergétique n’est pas un coût supplémentaire, mais une assurance collective. Ne pas investir aujourd’hui, c’est accepter de payer davantage demain — et de subir, encore et encore, des crises dont les impacts sont toujours plus lourds. 

La décarbonation n’est plus seulement un impératif climatique. Elle est devenue une condition de stabilité économique, de justice sociale et de résilience des territoires. 

👉 Lire la tribute de Antoine Pellion

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